Saint-Saturnin-du-Bois - Archæeological Dig Site/

Chantier archéologique

from 26th july to 17 august/du 26 juillet au 17 août 2017, Saint-Saturnin-du-Bois, France

(residency organized by Aunis Sud communauty of communes for the Archaological Dig Site/résidence organisée par la communauté de communes d'Aunis Sud pour le Chantier archéologique )


 

 

 

« Ça va comme ça ? Oui… Alors d’habitude, quand je dis des trucs, j’improvise pas mal pour un peu expliquer ce qui ce passe mais souvent c’est un peu décousu, alors j’ai pris la peine cette après-midi, je me sus dit : "je vais juste écrire quelques mots histoire de préciser un petit peu les choses en sachant que voilà, c’est après ouvert bien sûr aux questions et puis aux échanges aussi informels’’. Donc je vais essayer de ne pas trop lire mais ça me permet après d’avoir une petite trame.

 

Donc je vais commencer par les remerciements, évidemment. Tout d’abord, je souhaiterai remercier Perle, pour son invitation à venir faire sculpture sur le site archéologique de Saint-Saturnin-du-Bois, voilà pour sa disponibilité sur la résidence… et puis voilà, sur la bonne idée de m’avoir invité. Je remercie également l’équipe de médiation : Audrey, Lucie. Je remercie aussi Léopold, Corinne, vous voyez je prends les noms pour n’oublier personne, Lucile. Je remercie également Nicolas, Rémy, voilà, pour les échanges, les anecdotes archéologiques… Je remercie également SIAM ANGIE, mon épouse, pour son soutien quotidien, son regard artistique avisé. Je remercie également la famille qui est présente en les personnes de Patrick, Véronique, Éric, Lola, Éric, Nathalie et Maya, voilà je crois que je n’ai oublié personne. Je vous rassure, il n’y a pas 10 000 remerciements. Je voulais aussi bien sûr ben remercier la communauté de communes et puis aussi voilà tous les élus, les personnes aussi qui s’impliquent pour que des artistes vivants, c’est plus pratique quand ils le sont, viennent à un moment donné s’investir sur des lieux comme ici et ne soient pas forcément que reçus dans des lieux dédiés où du coup il n’y a que du public dédié. C’est quand même plus intéressant quand il peut y avoir du mélange à ce niveau-là. Voilà. Et puis bien sûr des remerciements tout particulièrement pour toutes celles et ceux qui ont participé à cette œuvre. Donc je vais expliquer un petit peu comment ça s’est passé… peut-être d’ailleurs certains… voilà, il faudrait que je retrouve tous les visages… donc je les remercie vraiment beaucoup parce que c’est ça qui a permis de faire avancer...

 

Alors juste pour revenir sur la notion de de "résidence d'artiste", parce que ça a été pas mal utilisé. Comment je l’ai vécu ? Pour moi, c’est vraiment la relation que j’ai pu avoir avec le contexte, les personnes et le fait d’être artiste en résidence, ça veut dire qu’on est dans le cadre d’une recherche. Ça veut dire qu’à un moment donné je suis arrivé donc avec l’idée voilà de développer cette sculpture-là. Mais il y a aussi des trouvailles qu’on fait, c’est-à-dire des choses qui ne sont pas attendues. Ça veut dire que dans la recherche artistique, il y a voilà des incidents. Ça veut dire qu’on va expérimenter des choses et puis c’est nourri par des lectures, des rencontres, des visites, voilà, plein de petites choses qui font que finalement, mon regard il permet aussi de se décaler et puis j’espère aussi que ça permet aussi aux autres personnes de décaler leur regard sur le site et sur les choses en général. Une résidence d’artiste c’est donc savoir comment on vient mais pas savoir comment on va partir. Pour moi c’est quelque chose d’assez important, ça veut dire que plus qu’un projet, c’est vraiment un trajet voilà. J’ai été très heureux de pouvoir faire ce trajet ici parce que j’étais en très bonne compagnie, mais il y a vraiment cette idée-là, c’est-à-dire je ne suis pas juste venu exécuter une pièce en disant "on va faire ça et"... Il y a vraiment cette idée-là.

 

Donc, avant de vous noyer sous un flot de paroles, je vous rassure, il n’y en a pas trop hein. Je vais simplement vous raconter la généalogie des formes, matières et gestes qui aujourd’hui stabilisés font sculpture sur le site archéologique de Saint-Saturnin-du-Bois.

Nous sommes ici parmi une proposition sculpturale qui se compose de treize fragments. Voilà, nous sommes parmi eux. La base de chacun d’eux donc est composée d’une empreinte de mon visage qui fut réalisée en atelier. Donc c’est ce que vous voyez sur cette partie-là, sur les treize, en fait à chaque fois il y a une double empreinte, donc on voit, en fait, selon les endroits, l’état est différent, mais on voit un visage orienté comme ceci et un autre qui serait orienté à l’envers si on peut dire. Donc ça c’est la base, je les ai préparés en atelier. Et on va dire que le premier geste que j’ai eu ici, c’est de les planter, de les sceller dans le sol. Et à partir de là, l’invitation a été faite à tous les visiteurs, petits et grands, de pouvoir ajouter des formes, de la matière, par-dessus. Donc en sachant que c’était à partir de mixtures que je proposais qui étaient inspirées… qui sont celles que j’utilise d’accoutumée, c’est-à-dire avec des matériaux du bâti comme voilà de la chaux, du ciment, du plâtre, mais également aussi avec certains matériaux plus spécifiques comme des rebuts de fouilles, de la terre qui venait de la fouille elle-même, ce genre de chose voilà qui ont pu donné des apparences et je dirai nourrir la matière. Donc ce que vous voyez ici ce n’est pas l’exacte collection de ces formes puisque mes gestes furent nombreux pour garder, modifier, augmenter, falsifier les formes initiales. Cela veut dire que faire sculpture dans cette relation d’échanges, c’est aussi être dans l’attente de l’autre. Pour ceux qui sont venus, vous pouviez me voir souvent attendre, voilà, que quelqu’un vienne, qu’il se passe quelque chose, mais c’est tout à fait normal. Par semaine, une strate était arrêtée. Donc en fait, les strates je les désigne, c’est avec… alors on les voit plus ou moins bien apparaître, par exemple c’était ce disque un peu épais, donc ça par exemple c’était la première semaine, après il y a eu une deuxième semaine qui est là et une troisième semaine. Donc il y a trois strates qui ont été substabilisées comme ça sur chacun des fragments. Donc à chaque strate justement il y avait un réenrichissement par mes gestes, par les matières et les formes que je pouvais accumuler. Alors, je regarde où j’en suis parce qu’en plus j’écris très mal donc c’est très difficile de relire mes notes mais je fais au mieux. Et voilà donc il y a eu après un… au-delà de cette troisième strate, donc ce dernier geste donc qui compose et je dirai qui vient arrêter la pièce en son sommet, qui est cette partie-là, avec des éléments… donc là j’ai repris par exemple ces petits éléments qui arrêtent les fers à béton. Donc il y a souvent comme ça des jeux d’évocation soit par rapport aux gestes archéologiques soit par rapport aux matériaux, au site et au matériel et aux outils qui peuvent servir. Alors, si cette proposition sculpturale fut spécifiquement pensée pour le lieu, elle s’inscrit pour autant dans une généalogie de formes, de gestes, de matières avec lesquels je fais sculpture. Donc par exemple, l’empreinte de visage, c’est quelque chose que j’utilise depuis 2010, dans une première proposition sculpturale qui s’appelait In/Out, où en fait c’était une pièce, il y avait un visage qui sortait en plein, donc le mien, et un autre en creux. Donc c’était un premier geste mais en fait c’est à partir de cette pièce-là que j’ai continué à épuiser la forme. J’avais fait également une autre pièce qui s’appelait Face-à-face où c’étaient des petits coffrets où il y avait des têtes comme ça, toujours avec cette empreinte en plâtre blanc et en fait j’invitais les personnes à se faire modeler leur visage par-dessus les têtes, ce qui fait que du coup leur visage était déformé aussi par la physionomie de ma tête. Et ces visages-là étaient disposés au sol et je me souviens qu’à l’époque il y avait déjà une… enfin c’était une idée par rapport à une valorisation archéologique qui avait été faite dans ma ville natale, Amiens, où il y avait des petits hublots comme ça où on voyait des vestiges gallo-romains à travers. Donc, il y avait ce lien là, et donc aujourd’hui voilà, c’est une forme différente mais c’est une pièce qui vient s’inscrire dans cette généalogie de formes et de matières. J’accumule et accumule des formes et des formes qui à peine stabilisées semblent faire vestiges, ruines. J’aime les strates, tout simplement. Donc aussi ce qui m’intéresse dans ce rapport de strates c’est comment mon corps… comment cela informe mon corps. Ce que je veux dire par là, c’est que se considérer comme un amas d’atomes, se considérer comme de la poussière d’étoile ou comme un sac de viande, cela change totalement le rapport que l’on a au réel. Et finalement, comment on considère son corps, comment il est fait, là où on va, ça va changer ce rapport-là. Ça m’intéresse, dans la sculpture, d’avoir ces évocations, d’avoir ce rapport, ces déplacements par rapport à son propre corps et en l’occurrence le mien, puisque voilà c’est celui que je connais le mieux. C’est pour ça que j'écris : "le sublime ne concerne-t-il que la matière fossilisée ? Celle qui garde la trace du vivant dans la fragilité d’un geste ou d’une forme et dont la matière minérale évoque la chair douloureuse." Alors, n’écoutez pas trop ce que je raconte, oui c’est important hein, n’écoutez que d’une oreille, je donne simplement quelques idées à propos des choses qui m’obsèdent et peut-être que ces choses vous intéresseront. Pour en revenir au corps, je crois justement que ma pratique sculpturale passe par la question du corps comme référent absent. Le référent absent est un concept forgé par la philosophe Carol J. Adams qui s’applique aux animaux et aux femmes au travers de l’histoire où ils se sont vus infligés une esthétique du morcèlement. Alors je reviendrais un peu là-dessus parce que ça fait un peu barbare dit comme ça mais voilà… Des fois, la femme vivante a été considérée comme objet, dans l’histoire, et l’animal mort transformé en viande. Ce concept éclaire mes sculptures car il parle de la difficulté de faire sculpture sans un ‘"avant-goût de cimetière"comme le disait le sculpteur Arturo Martini dans son texte: La sculpture, langue morte.

 

Voilà, il y a une autre stabilisation, donc une autre proposition sculpturale, qui s’appelle AVE. Cette proposition sculpturale est arrivée de façon inattendue. Deux fragments sont situés non-loin de la supposée cuisine de la villa antique, j’espère que je ne dis pas de bêtises… tout va bien… ça va… et une se situant au pied du Monument aux morts. Des fois, on a envie de mettre des fleurs devant un Monument aux morts en hommage. Moi, j’y ai mis une sculpture. Un morceau de sculpture morcelé, anti-monumental, qui évoque la chair, le corps, ne l’évacuant pas comme référent absent. Ma sculpture s’intéresse aux êtres et non aux raisons d’être. Un lien évident se fait entre la mémoire qu’un monument fabrique et un lieu dont la mémoire se révèle parcimonieusement à coup de truelle. Je parle souvent de frictions temporelles. Alors, ce que je dis dans l’idée de fictions temporelles c’est un peu ce que j’ai dis tout à l’heure avec les strates, j’aime bien dire que je fais de la sculpture comme on fait des fossiles.

 

Un mot de plus sur la participation des personnes : elle n’est ni anecdotique, ni obligatoire dans ma pratique. Les propositions sculpturales partent de moi, se font de moi et reviennent de moi avant d’appartenir à vos imaginaires. Néanmoins, cela n’empêche pas un espace d’altérité, c’est ainsi qu’est la participation de tiers dans ma sculpture. C’est-à-dire que voilà des fois on me dit "ben alors, est-ce que ça ne vous gêne pas, parce que les gens participent, qu’est-ce qui vous appartient là-dedans?", mais finalement c’est juste la même chose, c’est que ça n’empêche pas justement que dans cet espace de création il y ait un moment spécifique d’altérité, de faire forme ensemble si je puis dire. Et puis pour moi, il y avait vraiment une relation avec le travail de l’archéologue qui dans ces gestes produit des formes négatives, quand je dis négatives c’est-à-dire en creux hein, qui vont voilà être révélées par ces gestes. Afin justement de redécouvrir, de comprendre, les gestes des aïeux, et finalement il communique à longue distance, l’archéologue. Dans ma sculpture, tout se fait beaucoup plus vite, mais cela ne revient pas à dire que la durée ne soit pas sensiblement la même.

 

Avant de m’arrêter et d’écouter et de répondre à vos questions si vous en avez, quelques mots sur la stabilisation qui a précédé, donc voilà, juste avant. Il s’agit d’une stabilisation que j’intitule à l’aube, je vaincrai, qui aujourd’hui connait sa troisième interprétation. Donc en fait j’ai répété en boucle la fin d’un opéra, Turando de Puccini, donc cet air à la fin, Nessum Dorma. Et en fait pour moi c’est une manière aussi de m’approprier une autre forme et de moi-même stabiliser mon propre corps avec ce matériaux vocal qui est le mien et d’en faire une forme. C’est un geste que je vois respiratoire. C’est une accumulation dans un désir aussi de faire sculpture avec ces sculptures-là, avec ces fragments-là, qui composent l’œuvre qui est ici. Je vous rassure, il n’y a plus qu’une page hein. Pour moi, c’est aussi… Cet air m’évoque un certain rapport à l’autorité, peut-être une volonté de puissance qui ne fera pas de moi un Übermensch n’en déplaise à Nietzsche, c’est-à-dire un Surhomme, mais juste un humain, Mensch. Mensch est le nom de la proposition sculpturale qui est ici. ‘’Mensch’’ qui résiste à la mort et à la terre, car elle n’a pas l’étymologie d’humus ou encore d’humilis, pouvant signifier "aussi bas que terre", "obscur" ou "humble". Mensch semble plus du côté de l’esprit que du corps, c’est à se demander si finalement le corps n’est pas encore référent absent. Je préfère m’arrêter là, car en parlant d’autorité justement, ce que je vous dis là a une valeur finalement très relative et finalement très peu importante par rapport à votre propre ressenti que vous pouvez avoir vis-à-vis… qu’il soit positif, négatif vis-à-vis des propositions sculpturales. C’est à vous d’inventer vos récits, vos narrations et voilà, donc je vous invite à oublier tout ce que j’ai dit, vraiment, du moins à le refouler, afin comme le disait Nietzsche de pouvoir vous asseoir au seuil de l’instant. Merci ! »

- porte renaud -, discours prononcé à l'issue de la résidence, 17 août 2017

 

press review about this exhibition/revue de presse au sujet de cette exposition

 

 

sculptural propositions stabilized at the time of this residency/

propositions stabilisée lors de cette résidence:

à l'aube, je vaincrai #3

AVE #1
Mensch #1

 

- porte renaud -
© 2010-2017
legal notices/mention légales